Magie, Spiritualité & Ecologie

Arnaud THULY avril 17, 2019 0
Magie, Spiritualité & Ecologie

J’aimerais aujourd’hui aborder avec vous un thème qui me tient beaucoup à cœur et qui concerne la place de l’écologie au sein de nos pratiques magiques, spirituelles ou de bien-être.
Mon but n’est pas ici de faire de morale hypocrite et/ou culpabilisante (d’autres s’en chargent très bien à ma place), mais simplement d’informer vis à vis d’un souci que malheureusement peu d’entre nous soupçonnent.

Dans la plupart de nos disciplines, nous utilisons bon nombre d’outils dont nous nous soucions finalement assez peu de l’origine, de la provenance mais aussi des conditions dans lesquelles ils ont été produits. Pas parce que nous sommes des salauds insensibles, mais simplement parce que nous prenons rarement le temps d’y réfléchir dans un monde qui nous oblige en permanence à vivre à 100 à l’heure.
Pourtant, sans parfois que l’on y prenne garde, notre société moderne nous a peu à peu éloigné des produits « locaux » pour privilégier les produits venant de l’autre bout du monde, à coup de grand renfort marketing.
Lorsque j’ai écris l’ouvrage Plantes & Encens de Purification, l’un de mes objectifs était aussi de montrer que la plupart des plantes (et/ou encens) exotiques aux propriétés prétendument mirobolantes peuvent être remplacées avec tout autant d’efficacité par des plantes bien plus faciles à trouver localement, voire que vous pouvez carrément faire pousser vous-même sans grande difficulté. Mais il ne s’agit pas là que d’économies à réaliser ou de facilité pour remplacer un ingrédient rare. C’est aussi et avant tout une démarche écologique (et d’une certaine façon, traditionaliste dans son approche).

Car en effet,
olibanum_grande- Qui irait s’imaginer qu’une bonne partie de l’oliban que vous tenez entre les mains provient de variétés plus ou moins « sauvages » pour la plupart, surexploitées jusqu’à l’épuisement de l’arbre, et qui, couplée aux modifications climatiques (sécheresses, feux de forêts  et insectes) qui mène petit à petit à la destruction de ces espèces ? (plusieurs scientifiques se montrant carrément alarmistes jusqu’au point de soutenir que 90% des arbres risquent de disparaître dans moins de 50 ans)
- Qui irait s’imaginer que les bâtons de sauge blanche trouvés en magasin proviennent dans 95% des cas… de Californie, à plus de 9000 km de la France, avec un bilan carbone monstrueux… alors que la même sauge blanche peut être cultivée dans votre jardin, ou du moins cultivée en France avec presque autant de propriétés ?
- Qui irait s’imaginer que la bougie que vous utilisez provient dans 99% des cas de l’exploitation du pétrole, et est finalement autant voire plus polluante encore que la plupart des sacs poubelle et emballages contre lesquels la société tente (ou fait semblant) de se battre au quotidien ?
- Qui irait s’imaginer que le vrai bois de santal met parfois des siècles à pousser avant d’être exploitable (quelques années suffisent pour les usages les plus courants), empêchant une exploitation à grande échelle et entraînant soit des fraudes, soit la disparition d’une espèce sauvage surexploitée par de la contrebande ? Les études indiquent qu’à cette vitesse, il devrait disparaître d’Inde d’ici moins de 30 ans! Mais pas seulement! La Tanzanie, le Kenya et Hawaï sont aussi concernés…
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- Qui irait s’imaginer que le palo santo (Bursera graveolens) que vous tenez entre les mains est aujourd’hui classé comme espèce en voie d’extinction ? Qui songerait que cet arbre met très longtemps à pousser et est à ce jour pratiquement uniquement disponible à l’état sauvage? Qui sait qu’il faut normalement attendre que l’arbre meurt pour avoir le droit (légal) de récolter son bois, ce qui amène, face à une demande massive et récente, une déforestation massive faite par des trafiquants en toute impunité et qui amène à la destruction progressive et irrémédiable de cette espèce ?
- Qui irait s’imaginer qu’une partie non négligeable des minéraux provenant d’Inde, du Pakistan, du Sri Lanka, de Chine, de Tanzanie, du Niger, du Congo, du Mali ou de Madagascar sont récoltés par des enfants de moins de 13 ans ?
child-labor- Qui irait s’imaginer qu’une grande partie des bâtonnets d’encens que nous utilisons sont constitués d’huiles et de parfums de synthèse, plus polluants encore que les rejets de fumée d’une voiture ?
Etc etc etc. Il ne s’agit là que de quelques exemples généralistes évidents, mais il en existe des centaines d’autres du même genre…

Soyons clairs, loin de moi l’idée de jeter la pierre à tous ceux qui utilisent telle plante, tel encens ou telle pierre et qui se rendent tout juste compte, en lisant ces lignes, qu’ils sont probablement concernés directement par tout cela.
Loin de moi l’idée de leur jeter la pierre disais-je, notre monde nous a habitué à consommer « mondial » plutôt que local, à privilégier les produits peu chers fabriqués en chine plutôt que les produits artisanaux plus chers d’un producteur français. Aussi triste que cela puisse être, c’est ainsi et il faut « l’accepter ».

Pour autant, l’accepter n’implique pas de fermer les yeux et de ne pas, dès lors qu’on en a conscience, tenter de changer un peu notre manière de consommer. A la fois pour consommer plus juste, plus équitable, mais aussi pour essayer de faire l’effort de trouver un juste équilibre entre nos valeurs (ou celles que nous sommes plus ou moins censés défendre dans les milieu spiritualistes et ésotériques) et nos actes.
Revenons sur les quelques exemples cités précédemment.

- L’Oliban : Toutes les espèces d’Oliban (mais aussi de myrrhe, de benjoin & co) ne sont pas sauvages ni menacées. Denrée très prisée depuis des milliers d’années, la forte demande d’encens a toujours été supérieure à la capacité de production naturelle, c’est pourquoi de nombreuses régions du moyen-orient (notamment le sultanat d’Oman) ont très tôt développé des exploitations en faisant pousser leurs propres arbres. Il est donc possible, en se renseignant, de s’assurer de l’origine de la production, des conditions dans lesquelles elle est réalisée, et éviter ainsi de détruire peu à peu des espèces sauvages surexploitées par des grands groupes pour des raisons financières.
- Les bâtons de sauge blanche : ainsi que je le signalais, il est largement possible de faire pousser votre propre sauge blanche pour éviter que votre petit bâton purificateur ne traverse la moitié de la planète. Il existe aussi des petits producteurs BIO de sauge blanche en France, notamment en Provence ou encore dans les Cévennes, et ça ne coute pas plus cher! Vraiment! Il suffit de chercher sur google smiley-joues-rouges-1F60A.
happy-flame-honeycomb-beeswax-candles-certified-organic-beeswax-bright-and-happy-honeycomb-candle-10-x-4-5-cm-928811403_2048x- Les bougies en paraffine : Pour rappel, au delà de l’aspect ultra polluant de cet outil, la paraffine est un dérivé du pétrole et est pratiquement complètement isolant énergétiquement. Autant dire que pour toute personne un peu sérieuse qui a bien compris que ce qui compte dans une bougie ce n’est pas la flamme (pour l’élément feu) mais bien sa capacité à servir de condensateur fluidique en libérant la charge qu’on y a inscrite, choisir une bougie en paraffine est une absurdité. Mais comme c’est ce que l’on trouve partout, personne ne se pose plus de question. Pourtant, pour quasiment le même prix, il est possible de trouver des bougies en cire naturelle végétale fabriquées en France ou en Espagne, ou même mieux, en cire d’abeille (un peu plus cher). L’une comme l’autre sont de très bons condensateurs fluidiques (avec évidemment une énorme préférence pour la cire d’abeille), pas forcément beaucoup plus chères, mais écologiquement plus responsables, et bien plus efficaces en pratique.
- Le Bois de Santal : là malheureusement, on ne peut pas faire grand chose en théorie, si ce n’est éviter au maximum d’utiliser tout outil qui utilise du vrai bois de santal (je précise car aujourd’hui la majeure partie du « santal rouge » que l’on trouve n’en est pas du tout). Quant au bois de santal blanc, il devrait tout simplement être boycotté si on ne veut pas très rapidement se retrouver avec une espèce en voie d’extinction (c’est d’ailleurs déjà partiellement le cas, ce qui a amené il y a quelques années les pouvoirs publics de certains pays à mettre une grosse restriction d’import sur ce produit afin de limiter la contrebande). Pour l’un comme pour l’autre, les jours sont hélas désormais comptés si rien ne change. Des productions mieux gérées existent toutefois en Nouvelle Calédonie et surtout en Australie (Kalgoorlie) où la meilleure gestion des forêts devrait permettre de répondre à une partie de la demande mondiale sans entraîner de trop dramatique déforestations là bas. Mais encore une fois, le mieux serait de boycotter ces produits en totalité.
- Le Palo Santo : Qui ne connaît pas le Palo Santo, dont tant de gens vantent les mérites. C’est un bois que j’aime beaucoup pour son odeur très douce, bien que ses propriétés soient bien moins puissantes (et moins nombreuses) que ce que le marketing en a fait. Le problème, c’est que le Palo Santo provient d’espèces endémiques et sauvages, et qu’il y a aujourd’hui une sur-exploitation dramatique, qui entraîne une irrémédiable déforestation. La solution ici est assez simple : privilégier d’autres variétés plus locales (des plantes et des encens) et limiter sa consommation au maximum. Je vous renvoie à ce sujet à mon livre Plantes & Encens de Purification .
- Les Minéraux : Tous les minéraux viennent forcément du bout du monde, pas vrai? Faux!
On l’oublie très souvent mais la France (et l’Europe en générale) produit énooooormément de variétés de cristaux, souvent de belle qualité. Améthystes, Fluorines, Quartz roses, Barytes, Cuprite, Cristaux de roche, Quartz fumés, Galènes, Réalgars, Orpiments, Axinites, Epidotes, Dolomites, Anatases, Dravites, Tourmalines noires, Opales, Hémimorphites, Grenats, Cérusites, Saphirs (d’auvergne, petits mais superbes et très puissants), Pyromorphites, Hématites, Stibines, Sphalérites, Gypses, Pyrites, Chalcopyrites, Cinabres, Calcites, Azurites, Malachites, Aigue Marines, Topazes, Cuivre natif, Argent natif, etc etc etc. et même de l’Or ! (sans rire ! je me suis mis à l’orpaillage il y a quelques années et je trouve parfois de petites pépites d’Or dans les Pyrénées ! )
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(oui oui ce sont mes propres trouvailles smiley-joues-rouges-1F60A )
On ne soupçonne pas toutes les richesses que recèlent notre beau pays. Bien sûr, il n’existe plus beaucoup d’exploitation massive, mais c’est essentiellement parce qu’on a privilégié les variétés de pays étrangers, de plus gros producteurs et à moindre coût. Pourtant, saviez-vous par exemple que les plus beaux quartz du monde viennent de La Gardette, dans les Alpes ? Ou que les plus belles fluorines roses viennent aussi des Alpes? Qu’on trouve de magnifiques azurites du côté de Lyon dans les anciennes mines de cuivre ?

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(tout ça c’est de la pierre 100% française!)

Il existe sur internet des vendeurs spécialisés dans les minéraux français. Faites également les petites bourses aux minéraux, et vous trouverez de quoi répondre à la quasi totalité de vos besoins, même en pierre rares que l’on penserait forcément venir de l’autre bout du monde. Si la demande revenait en France, il y a fort à parier que des entreprises se spécialiseraient dans ce secteur, relançant ainsi tout un pan de notre activité minière en France.
- Les pierres taillées : Si la majeure partie des pierres taillées pour les bijoux viennent aujourd’hui d’Inde, il existe encore plein de petits lapidaires en France, qui proposent leurs pierres à des tarifs tout à fait raisonnables. Pourquoi ne pas essayer de passer par eux ?
- Les bâtons d’encens : Limitez leur usage au maximum. Certes ils parfument l’air ambiant. Mais ils n’ont aucun autre intérêt que celui-là pour 99% d’entre eux. Privilégiez les véritables résines d’encens, ou le papier d’Arménie par exemple, qui reste un bon compromis facile à utiliser. Et surtout n’oubliez pas de régulièrement aérer votre espace de vie. Même en ville (même à Paris -_- ) l’air extérieur reste moins pollué qu’un air intérieur où l’on fait brûler des encens en bâtons et autres produits « sent-bon ». C’est dire…

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Tout ça pour dire qu’à notre petite échelle il me paraît important de réfléchir au sens de nos actions et de nos achats. L’ésotérisme (au sens le plus large) est censé contribuer au développement de l’homme, à sa prise de conscience, et l’aider à porter un regard bienveillant sur le monde. Et bien qu’il ne faille pas tomber dans des délires pseudo paranoïaques vis à vis de toutes nos actions au point de s’empêcher de vivre et de profiter, réfléchir à ce que nous pouvons faire pour ne pas impacter davantage notre planète ou notre santé sans que cela n’ait objectivement d’incidence sur notre propre vie est je pense nécessaire.
Abandonner la sauge blanche de Californie pour de la sauge blanche de Provence n’aura aucun impact sur votre pratique (et peu sur votre portefeuille) mais aura un impact fort au niveau écologique. Privilégier les minéraux français n’aura aucun impact sur votre pratique (un peu sur votre portefeuille) mais aura un énorme impact au niveau écologique et social. Privilégier les lapidaires français n’aura aucun impact sur votre pratique (et peu sur votre portefeuille) mais aura un énorme impact au niveau social. Privilégier les bougies en cire naturelle (végétale ou d’abeille) aura un ÉNORME impact (positif!) sur votre pratique (et peu sur votre portefeuille) et aura un énorme impact au niveau écologique. Remplacer le palo santo n’aura que très peu d’impact sur votre pratique mais aura un énorme impact écologique. Quant au Santal, s’assurer de sa provenance et de la gestion des ressources dont il est issu n’aura aucune conséquence sur votre pratique mais aura également un fort impact écologique.

Et rien que ça déjà, c’est beaucoup.

PS : par un amusant hasard, j’ai découvert quelques jours après l’écriture de cet article qu’une blogueuse sorcière avait traité exactement du même sujet quelques jours avant moi ^_^ Loin de trouver cela dommage (au risque de faire doublon), je trouve ça au contraire génial de voir que je ne suis pas le seul à m’en inquiéter.
Notre angle d’approche de la chose est assez différent, je vous partage donc son lien pour ceux qui souhaitent aller le voir :

http://lasorciererouge.com/quand-la-spiritualite-tue-la-planete/

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