Invoquer, évoquer, quéquecé?

Arnaud THULY avril 16, 2011 10
Invoquer, évoquer, quéquecé?

    De nos jours, la signification des mots s’est perdue et les amalgames sont devenue monnaie courante dans tous les pans de notre société et de nos vies. Pourtant, si il est bien un milieu qui devrait prêter une attention toute particulière à la signification profonde des mots, c’est bien le milieu ésotérique.
Qui paraît en effet plus à même qu’un magiste de se rendre compte de la puissance des mots? Le concept de « mot de pouvoir » parle pratiquement à tout le monde dans notre milieu (et à défaut de savoir réellement de quoi il s’agit, tout le monde en a au moins vaguement entendu parler).

Ainsi donc disais-je, nous devrions, dans une certaine mesure, nous poser en véritables pourfendeurs des erreurs linguistiques tant on sait que les mots et leurs sens peuvent être puissants. Et pourtant, rien n’y fait, nous reproduisons bien trop souvent les schémas de notre société, et le sens des mots que nous employons semble bien souvent de peu d’intérêt.

L’exemple que j’aimerais aborder aujourd’hui est celui des mots « invoquer » et « évoquer ».

Dans pratiquement TOUS les bouquins modernes que vous allez pouvoir trouver, vous verrez continuellement apparaitre ce mot: invoquer. On lui prête aujourd’hui le sens de faire appel à une entité au cours d’une cérémonie par exemple. L’héroic fantasy est probablement en grande partie responsable de cet état de fait, le terme ayant été employé à mauvais escient, il s’est très rapidement répandu et a été adopté.
Ainsi, dans le cadre de l’ouverture d’un cercle par exemple, l’appel aux gardiens se nomme aujourd’hui « l’invocation des gardiens » ou encore « l’invocation des points cardinaux ».
Quant au mot évoquer… bien rare sont ceux qui y font référence…

Et pourtant, on commet une erreur, et non des moindres.

Invoquer vient du latin in vocare, qui signifie littéralement appeller en dedans, comprennez ici: en dedans de la personne. En clair, une invocation n’est ni plus ni moins qu’une invitation pour une entité à venir s’incarner pendant un temps dans le corps du praticien. C’est ce que l’on appelle un phénomène de possession.
Les exemples les plus connus d’invocations sont les possessions médiumniques, les possessions transcendentales, le channeling et bien sûr les possessions démoniaques (la liste est loin d’être exhaustive).

On comprend donc qu’il s’agit là de quelque chose de très spécifique, et que l’on est bien loin de l’appel aux entités pour qu’elles participent à la mise en oeuvre d’un rituel!

Evoquer vient quant à lui du latin ex vocare, qui signifie appeller au dehors, c’est à dire précisément ce que l’on attend d’une entité pour qu’elle participe à nos rituels. Un exemple tout simple d’évocation est le suivant:
Je t’appelle à moi, ô XXXXXXX,
Je te prie de répondre à mon appel afin de m’aider à obtenir xxxxxxxx…..

Alors, comment utiliser correctement ces termes?

Comme indiqué, l’invocation cherche généralement à s’approprier les caractéristiques d’une entité, en l’accueillant en tout ou partie à l’intérieur du praticien. Le praticien devient alors un réceptacle qui peut soit servir de support pour transmettre un message comme c’est le cas dans les possessions médiumbiques ou dans le channeling, soit qui peut récupérer certaines caractéristiques de l’entité (puissance, vécu, histoire etc…). L’utilisation du terme invocation se limite à cet usage. (on est bien loin de l’héroic fantasy n’est-ce pas?)

L’évocation quant à elle sert à faire venir une entité, parfois même à la faire apparaitre, pour qu’elle participe à un rituel ou réponde aux questions du praticien.

J’espère que cette petite mise au point vous aidera à mieux comprendre la distinction qui existe entre ces termes et son importance.

10 commentaires »

  1. deborah Samedi 16 avril 2011 à 10 h 47 min - Reply

    Super comme article….

  2. Florence Lundi 18 avril 2011 à 10 h 43 min - Reply

    Merci de nous rappeler l’importance d’utiliser justement les termes, et de nous préciser leur signification. Je suis (relativement) novice dans le domaine de la magie, mais des expériences dont j’ai pu entendre parler, bien des erreurs graves sont commises dans ce domaine par méconnaissance de l’essentiel. Et le verbe en soi est une base incontournable !

  3. Epsylon80 Mardi 19 avril 2011 à 18 h 04 min - Reply

    Merci beaucoup pour cette explication claire et ô combien importante. J’ai souvent vu des sujets parlant de cette méprise mais sans avoir finalement la bonne interprétation. Là au moins c’est clair. Par contre, à part le problème d’utilisation du mauvais mot pour décrire la procédure, il n’y a pas vraiment de soucis en pratique car ça ne joue aucunement sur le déroulement du rituel.

    • Arnaud THULY Mardi 19 avril 2011 à 18 h 34 min - Reply

      En fait, le risque existe bien que l’on y pense pas vraiment. Bon nombre de rituels inversent les termes. Fort heureusement dans la plupart des cas cela ne prête pas à dommage car seules certaines circonstances permettent une véritable possession, mais dans le cadre d’une personne qui serait mal protégée et qui serait un réceptacle approprié (comme le sont bon nombre de médiums), le risque est bien présent. L’inversion des termes peut jouer un rôle grave. N’oublions pas que bon nombre d’entités sont bien plus pointilleuses que nous sur les mots, ceux qui ont fait l’expérience des retombées de rituels mal écrits en conviendront. Autant ne pas laisser la porte ouverte au risque.

  4. Simoo de Jamyr Jeudi 21 avril 2011 à 13 h 26 min - Reply

    Bonjour Arnaud,

    Tu te bases sur l’étymologie pour comprendre le sens des mots; c’est bien, mais ça donne un sens originel, qui est perdu depuis bien longtemps!

    Déjà dans les textes latins, le verbe « invocare » était utilisé pour « appeler à l’aide, au secours, un dieu ou une entité ». Les prêtres invoquaient donc les Dieux lors de leurs cérémonies, sans pour autant être habités par l’entité en question.

    Quand à « évoquer », il a pris depuis longtemps déjà le sens de « se souvenir, rappeler à sa mémoire ».

    Je ne pense pas que l’orthographe du mot pose problème lorsque le rituel est noté; c’est le sens choisi qui importe. Donc utiliser « invoquer » pour définir l’action « d’appeler, d’inviter dans un cercle » n’est pas dangereuse. Et même si les entités sont sensibles au sens des mots, sachant que ceux-ci ont évolué, voire dégénéré depuis que le français a dérivé du latin, il est peu probables qu’elles vont chercher un sens qui a disparu depuis des siècles …

    Enfin, ce n’est qu’un avis qui n’engage que moi, certes. Personnellement, je n’utilise aucun de ce termes-là: je les « invite ». Ils sont même libres de refuser. Peut-être est-ce pour ça que certains de mes rituels n’ont pas marché, d’ailleurs… ;-)

  5. Robin Mercredi 27 avril 2011 à 15 h 13 min - Reply

    J’adore ce petit article, et je suis totalement d’accord avec toi sur le fait que les mots se perdent ou sont utilisés à tout va. C’est souvent du grand n’importe quoi.

  6. Aline Bringmann Dimanche 8 mai 2011 à 22 h 42 min - Reply

    Nouvelle sur le site, mais cela commence a confirmer ce que je pensais, a savoir les mots ont une force, et bien souvent nous les jetons sans penser.

    Y a-t-il un ou des livres qui traitent de la signification et
    force cache et oubliee des mots ?

    Peut on recevoir une « news letter » lorsque le sujet nous
    interesse ?

    Merci Amicalement…Aline

  7. Cel Jeudi 12 mai 2011 à 12 h 54 min - Reply

    Bonjour,

    Je trouve cet article très instructif, et ce blog très intéressant, merci pour ce partage des connaissances !
    Et en parlant d’intéressant, j’émets comme suggestion (oui ce n’est qu’un suggestion) qu’il pourrait être intéressant de développer le concept des mots de pouvoir. On a tous une idée de ce que c’est, oui, mais justement, ce n’est pas toujours exact et précis. Je suis sûre que là aussi, beaucoup de raccourcis circulent et j’aimerai être un peu plus instruite à ce sujet ^^ .

    Amicalement

    Cel

  8. Juin Dimanche 20 novembre 2011 à 1 h 01 min - Reply

    perso, lorsque j’invoque, il s’agit appeler une entité
    lorsque j’evoque, il sagit d’energie, si par exemple j’evoque le diable, il ne sagit pas du diable, mais de l’energie qui le caracterise

  9. Oriane Jeudi 19 mars 2015 à 14 h 11 min - Reply

    un tres bon article ! souvent les gens se trompent dans le sens des mots et quant on les reprend par la logique et l’étymologie on nous dit « oui mais ça c’etait avant, maintenant le sens est different » mais alors dans ce cas plus rien n’a de cohérence, comment départager deux personnes qui ne se comprennent pas à cause du sens d’un mot provoquant un quiproquo, en gros dans la mouvance esoterique actuelle (ou même exoterique en fait) on part du principe que « si l’on y croit tres fort tout est possible et tout a du sens » or je trouve ça un peu facile et c’est le contraire de la rigueur et du travail necessaire à la beauté de cet art. je crois que c’est là la nuance entre ceux qui empreintent la voie de la magie et en font leur mode de vie et ceux qui lisent 2 livres de magie et sont donc désormais des « spécialistes » de la question :-) . par contre moi j’etendrai le sens du mot « invoquer » par exemple si on appelle une entité à l’interieur d’un cercle, si c’est correctement formulé on peut dire que c’est une invocation car on peut sans se tromper sur le sens dire « invoquer dans ce cercle » ou le remplacer par « appeller au dedans de ce cercle ». je pense que ça depend quel degrés de conscience on place dans le mot.

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