Fabriquer soi-même ou Acheter ses outils magiques?

Arnaud THULY avril 28, 2017 1
Fabriquer soi-même ou Acheter ses outils magiques?

Il y a quelques jours de cela, un contact sur facebook qui avait flashé sur une baguette mise en vente sur un site internet et hésitait à la prendre, me demandait s’il pouvait l’acheter ou s’il valait mieux qu’il fabrique lui-même sa baguette pour que cela soit plus « traditionnel ». Face à cette interrogation, je me suis donc dit qu’il pourrait être intéressant d’aborder ce thème récurrent avec vous.
Il n’est pas rare en effet que cette grande question existentielle revienne sur le devant de la scène sur les forums ou dans les groupes facebook: faut-il ou non fabriquer soi-même ses outils utilisés dans le cadre de sa pratique magique?

Alors, nous allons ensemble essayer de répondre une bonne fois pour toutes à cette question, comme ça ce sera fait et nous n’y reviendrons plus ! (enfin, j’espère !)
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La Tradition :

rossforgecolourTout d’abord, brisons une idée reçue: faire soi même ses outils n’est pas traditionnel. Je sais que cela va paraître étrange à beaucoup mais c’est au contraire une vision tout à fait récente, datant globalement du 19ème-20ème siècle, pas avant. On a souvent cette image d’épinal dans lequel le praticien forge son athamé, taille sa baguette, coule ses bougies…. mais la réalité est assez loin de cette image. Je ne dis pas que certaines traditions ou certains auteurs n’ont pas invité à la fabrication personnelle des outils, mais en vérité, la plupart des textes anciens n’incitent pas à la fabrication intégrale des objets, mais à leur appropriation en les peignant ou en les gravant par exemple (et bien sûr, en réalisant un rituel de consécration). Ce « détail » est loin d’être insignifiant, puisque cela implique que tout outil utilisé par le praticien doit être acquis, mais pas pour autant qu’il doit le construire de A à Z. J’irai même plus loin, nos ancêtres connaissaient mieux que nous la valeur du travail bien fait, et avaient le respect du travail qu’impliquait la réalisation d’un outil, que ce soit pour la pratique magique ou pour la vie quotidienne. Un meuble n’était pas fait à la chaîne dans des usines en suède, mais demandait toute la maîtrise d’un menuisier ayant passé des années à apprendre à travailler le bois.
Un couteau n’était pas coulé et taillé au laser par millions d’exemplaires dans des usines en chine, mais forgé sur une enclume par le forgeron du village dont le travail du feu le revêtait d’une aura quasi divine (lire à ce sujet le très bon livre de Mircea Eliade)
Etc etc etc…
Les outils avaient une vraie valeur, non seulement pécuniaire, mais également historique, au sens qu’ils avaient une histoire, une âme. Personne n’aurait songé à ne pas passer par un spécialiste pour réaliser ses outils. Évidemment les choses ont pas mal changé de nos jours…

Donc le côté « traditionnel » n’implique pas de réaliser vous même vos outils, n’ayez pas peur de les acheter. Par contre il implique la valeur travail, et je pense que c’est là un élément à prendre vraiment en considération. Acheter un outil oui, mais en s’assurant qu’il soit fait « à la main ».

Aussi, la question se pose davantage pour les adeptes du DoItYourself, très à la mode au sein du néopaganisme et des pratiques modernes. Pour être sincère, j’en fais un peu partie, j’ai toujours adoré réaliser mes propres outils, c’est comme ça que j’en suis venu à apprendre la forge et la coutellerie, les bases du travail du bois et surtout à m’intéresser plus avant aux propriétés énergétiques de la matière. Pourtant, si j’ai ma propre petite collection d’outils « faits maison » (y compris quelques lames que j’ai fait moi-même), les outils que j’utilise, eux, ont été réalisés par des artisans spécialistes avec lesquels j’ai pris contact pour qu’ils fabriquent « sur mesure » mes demandes. Mais soyons sincères, si certains outils peuvent être réalisés par soi-même (comme la baguette par exemple), dans de nombreux cas, le praticien sera au minimum obligé d’acheter certains éléments et se contentera finalement de monter l’outil final sans en avoir réalisé les parties. Tout le monde n’a pas d’enclume à la maison pour réaliser une lame par exemple ^_^
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Charger son outil

L’un des arguments les plus souvent avancés lorsque l’on conseille de réaliser soi-même ses outils, vient de l’idée très répandue selon laquelle « cela charge l’outil en même temps ». C’est vrai. Mais si vous ramassez un caillou dans la rue, le prenez dans vos mains et lui inscrivez une charge en vous concentrant dessus pendant un temps suffisant, il en ira EXACTEMENT de même. L’argument selon lequel la longue durée de réalisation assure une charge plus importante est malheureusement vrai et faux à la fois. La matière possède une capacité de charge limitée, par conséquent s’éterniser pendant des jours n’apportera rien de plus une fois que cette capacité maximale est atteinte. Bien sûr, cette capacité varie d’un matériau à un autre. Un bois résineux et un bois non résineux n’ont pas les mêmes capacités, le métal et les minéraux non plus… mais dans tous les cas, ne croyez pas qu’il vous soit nécessaire d’y passer des heures, car ce n’est pas le cas.
J’irais même plus loin, les charges artificielles (celles créées) ont tendance à se propager par contamination, c’est à dire que si votre charge est bien faite, même si vous ne chargez pas jusqu’à saturation, la charge se propagera d’elle-même au sein du matériaux jusqu’à remplacer en grande partie voire, parfois, en totalité la charge initiale (charge naturelle). Donc en clair, charger un outil pendant la fabrication ou le charger après ne change rien. A la limite, le seul bémol peut concerner les matériaux emprisonnés dans les outils. Par exemple, dans certaines baguettes on va mettre un condensateur fluidique que l’on va ensuite isoler de l’extérieur afin de limiter l’interaction avec les charges externes (pour éviter une contamination justement). Aussi, le seul moyen de correctement charger cet outil est de le faire préalablement à l’assemblage final. Dans un tel cas, le mieux est alors de travailler directement avec un artisan à qui l’on fournira les matériaux afin qu’il les intègre. C’est ce que j’ai fait personnellement, et je ne le regrette pas :-)

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Outils faits à la chaîne :

Un athamé fait par un artisan : minimum 100 euros.
Une dague faite en chine : 10 à 20 euros.
Une baguette faite par un artisan : 80 à 100 euros minimum.
Une baguette faite en indonésie : 20 à 30 euros.
Le choix semble évident.
Un outil fait industriellement est-il moins efficace qu’un outil fait par un artisan ou fait soi-même?
Et bien… non. Je sais, cela va déplaire à beaucoup, cela va faire hurler certains, mais pourtant la réalité est belle et bien là :
L’efficacité d’un outil ne tient qu’à seulement 2 éléments :
- Sa matière et ses propriétés intrinsèques : que ce soit fait par un artisan ou par une machine au laser, une barre d’acier XC70 ou de cuivre reste toujours du XC70 ou une barre de cuivre.
- Sa Charge : c’est vous qui allez l’y placer, et donc l’efficacité ne dépend que de vous.

Et c’est tout !

Dans les faits, si la charge de l’outil présente finalement peu d’importance dans le choix de faire soi-même ou d’acheter tout prêt, c’est bien dans la possibilité de sélection des matériaux que se situe la différence. Si vous achetez un outil tout fait sur internet ou en magasin, ce sera à vous de vous adapter à lui car vous n’aurez aucun impact sur les matériaux de celui-ci. L’avantage de passer par un artisan ou de fabriquer soi même est justement dans la possibilité de choisir les matériaux que l’on va utiliser pour les différentes parties de l’objet : choix du bois, du métal, du condensateur, du type de cire (car il n’existe pas que la cire d’abeille!) ou d’huile, des minéraux etc etc etc.
Et clairement, c’est là que se fera toute la différence !
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Conclusion :

Soyons clair, si le DoItYourself est très à la mode et très apprécié, avec raison, il n’est en rien indispensable de réaliser soi-même ses outils pour pratiquer correctement. Aussi, faites en fonction de vos moyens et de vos envies. C’est ici ce qui prime le plus.
Il me paraît toutefois bienvenu de faire une petite remarque. Fait main » n’a le même sens qu’artisanal. Beaucoup de personnes se mettent aujourd’hui à proposer à la vente des outils réalisés dans une logique de Doityourself. Cela ne fait pas pour autant d’eux des artisans. Un véritable artisan a passé des années et des années à apprendre son métier, à maîtriser le geste, à transformer le métier en art, et l’art en métier. Ce n’est pas quelque chose d’anodin, ce n’est pas non plus quelque chose que l’on peut remplacer, tant la « patte » de l’artisan peut jouer dans la qualité du produit fini. Toutefois, les artisans capables de « comprendre » l’acte de fabrication d’un outil magique sont peu nombreux désormais. On pourrait même dire que les artisans sont déjà de moins en moins nombreux à pouvoir vivre de leur métier, malheureusement. Tout praticien qui souhaite acheter ses outils devra donc trouver le juste équilibre entre « artisanat » sans vocation magique et « Doityourself vendu » avec vocation magique. J’avoue être un partisan du travail bien fait, et valoriser le travail artisanal qui permet de faire perdurer une philosophie ainsi que des techniques et des gestes qui, si l’on y prend pas garde, finiront par disparaître au profit de l’homogénéisation.

Comme je sais que ce n’est pas toujours simple de trouver des artisans (à prix correct) vers lesquels se tourner quand on cherche des outils « magiques », je vais me permettre ici de vous donner 3 contacts :
- le premier, d’un praticien en magie et alchimie, qui fait des baguettes et absolument superbes et saura répondre à vos exigences. Il s’agit de Marc Neu
- le second, d’un alchimiste que j’apprécie beaucoup et qui réalise notamment des miroirs magiques fantastiques : Salazius Hermès d’Artigné (qui a aussi écrit un excellent ouvrage sur l’alchimie!)
- le troisième, d’un ami forgeron qui s’intéresse au paganisme et à l’ésotérisme (je l’avais rencontré lors de la pagan party) qui, si vous lui demandez gentiment, sera j’en suis sûr ravi d’essayer de réaliser vos demandes en athamés ou épées :-) : Thomas Grippari
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Ils ne sont pas les seuls, loin de là, aussi n’hésitez pas à chercher par vous-mêmes et à me conseiller certaines de vos découvertes ou de vos connaissances :-)

One Comment »

  1. Michelle Lopez Lundi 22 mai 2017 à 16 h 55 min - Reply

    Bonjour,
    je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses notamment la façon d’acheter des outils magiques par des personnes qui sont véritablement passionnées, cela permet de sortir des sentiers battus et des boutiques beaucoup plus connues même si elle reste bien évidemment extrêmement pratique.
    Si par ailleurs vous avez d’autres adresses ou d’autres noms qui vous viennent en tête, je serais justement heureuse de les connaître.

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