Divination, Mantique & Voyance

Arnaud THULY avril 17, 2011 10
Divination, Mantique & Voyance

  Père Arnaud, raconte-nous une autre histoire sur les mots mal connus…

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Générique

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Ce soir, j’aimerais vous parler des mots divination, mantique et voyance.

J’ai à de nombreuses reprises eu l’occasion d’assister à des débats enflammés (j’avoue humblement y avoir parfois participé) entre voyants (parfois « célèbres ») quant au droit de revendication du terme de « voyant » et de l’assimilation à la divination.

N’allez surtout pas dire à ces grands hommes (ou femmes) qu’ils font de la divination, à les entendre vous prendriez le risque de finir brûlé dans les flammes de l’enfer!

Il faut dire qu’à notre époque où chacun cherche à tirer la couverture pour lui, créer une véritable opposition entre le voyant et le devin paye bien, elle sert à se sentir supérieur sur son collègue et à l’écraser un peu plus en disant « que c’est un don divin », reléguant ainsi la pratique divinatoire au rang de basse pratique (toi t’as besoin de quelque chose alors que moi j’ai besoin de rien!).

Consultez les petites annonces et constatez par vous mêmes la quantité de « voyants » comparé aux devins ^_^ . (le résultat évident est que beaucoup de gens se revendiquent voyants tout en pratiquant uniquement la cristallomancie ou la taromancie par exemple)

Par voyant, comprenez « celui qui percoit l’avenir sans outil », qu’on oppose généralement au devin qui lui, fait appel à un outil extérieur qu’il interprêtera pour obtenir des réponses.

Pourtant, au risque d’en décevoir certains, le voyant est un devin. Il appartient juste à une branche spécifique de la mantique comme nous allons le voir.

L’origine du mot divination vient du latin divinare, qui signifie « accomplir des choses divines ».
Le mot mantique vient du grec mantike, qui est un terme relatif à l’acte de divination.
Quant au mot voyant… et bien il vient du mot voir, et désigne « celui qui voit (le passé, le présent et l’avenir) ».

Alors, pourquoi dire que le voyant fait de la divination?

Cicéron (auteur du traité « De Divinatione » (de la divination)) est l’un des premiers à expliquer les distinctions existantes au sein de la mantique:

« Il y a deux sortes de divination, l’une relève d’un art qui a ses règles fixes, l’autre ne doit rien qu’à la nature. Mais quelle est la nation, quelle est la cité, dont la conduite n’a pas été influencée par les prédictions qu’autorisent l’examen des entrailles et l’interprétation raisonnée des prodiges ou celle des éclairs soudains, le vol et le cri des oiseaux, l’observation des astres, les sorts ? – ce sont là, ou peu s’en faut, les procédés de l’art divinatoire – quelle est celle que n’ont point émue les songes ou les inspirations prophétiques? – on tient pour naturelles ces manifestations. Et j’estime qu’il faut considérer la façon dont les choses ont tourné plutôt que s’attacher à la recherche d’une explication. On ne peut méconnaître en effet l’existence d’une puissance naturelle annonciatrice de l’avenir, sans que de longues observations soient nécessaires pour comprendre ses avertissements ou qu’elle agisse en animant d’un souffle divin quelque homme doué à cet effet. »

Comme indiqué par Cicéron, nous pouvons classer la divination en deux catégories: l’une que nous nommons la divination intuitive, la seconde que nous nommons la divination inductive.

La divination intuitive est celle qui correspond aujourd’hui au terme de « voyant ». En réalité elle est assez rarement complètement intuitive et est le plus souvent intuitive-inductive. Elle correspond à la divination où l’esprit est au repos et où l’homme est simplement en état de réceptivité, la vision ou la révélation s’imposant à lui comme lors d’une apparition divine  ou d’un rêve qui ne nécessite aucune explication. On peut y classer les visions, les oracles délivrés par des entités, la divination par les rêves (spontanés ou pas) du moment qu’ils ne nécessitent pas d’interprétation. Les anciens y classaient également la nécromancie en la rapprochant des oracles délivrés par les divinités.

La divination inductive est celle que l’on connait aujourd’hui sous le terme de « divination ». Elle correspond à une pratique où la vision ou la révélation ne se produit que si on la sollicite et qu’on l’interprête à l’aide de règles clairement définies (par l’interprétation de symboles par exemple). On y classera l’astrologie, la taromancie, l’onirisme, les runes, la chiromancie, la cristallomancie etc…

En clair, la voyance n’est autre que de la divination intuitive, rien de plus, rien de moins. Elle n’a ni plus ni moins de valeur que la divination inductive.

Et surtout, toutes les deux sont de la divination.

CQFD.
(et puis avouez que « divination intuitive/inductive », ça a quand même la classe ^_^)

10 commentaires »

  1. Alexiel Mardi 19 avril 2011 à 12 h 42 min - Reply

    Article très intéressant. Je suis tout à fait d’accord avec la distinction que tu fais entre voyance et divination.
    Je trouve cet article très clair.

  2. Epsylon80 Mardi 19 avril 2011 à 18 h 09 min - Reply

    D’accord pour les définitions de « divination » et de « voyance », mais quid du mot « mantique » alors ?

    • Arnaud THULY Mardi 19 avril 2011 à 18 h 28 min - Reply

      Comme indiqué dans le texte, le mot mantique est un synonyme des mots « méthode de divination » puisqu’il se rapporte à l’acte divinatoire.

  3. Epsylon80 Mercredi 27 avril 2011 à 10 h 02 min - Reply

    D’accord, merci.

  4. Sandrine-Fleur Mercredi 27 avril 2011 à 11 h 33 min - Reply

    Merci pour ce bel article dont je partage totalement le concept. Pour ma part j’ai été d’avantage confronté à des personnes faisant une distinction entre voyant et médium, pensant que le second est supérieur au premier …
    Avec tout ce jargon et vocabulaire, bcp de personnes s’emmelent :o))

    • Arnaud THULY Mercredi 27 avril 2011 à 16 h 20 min - Reply

      Et bien disons qu’à l’origine un médium est un voyant/devin, mais un voyant/devin n’est pas nécessairement médium. Mais de la même manière que les notions de divination inductive et intuitive se sont perdus, les notions de médium/devin de sont amalgamés.
      En fait, un médium au sens littéral est un intermédiaire entre les plans, que ce soit entre les plans des dieux ou les plans des morts, et bien entendu notre plan physique. La plupart des divinations intuitives ayant trait à un rapport avec des divinités (oracles, certaines visions ou certains songes transmis par des entités par exemple), ces devins peuvent être nommés médiums. De la même manière, des pratiques de divination inductive comme la nécromancie ou l’haruspicine peuvent être considérés comme de la médiumnité également. Mais le simple fait d’avoir des visions est difficilement considérable comme étant de la médiumnité, sauf si on considère soit même que ses visions sont le fruit d’une entité extérieure.

      Bref on comprend bien que dans le fond la distinction de ces termes est assez mince et ne tient pas à grand chose, je crois que ce qui énerve assez souvent, c’est surtout que les gens se sentent obligés de mettre « voyant médium », comme si il s’agissait d’un titre permettant d’acquérir du prestige (dans la même idée que les gens auxquels tu as été confronté), les uns et les autres finissant par se battre pour la revendication d’un titre qui finalement, n’est qu’un mot et ne fait pas pour autant la qualité de la personne derrière.

  5. Robin Mercredi 27 avril 2011 à 15 h 16 min - Reply

    Article bien sympa, tu y parles de Nécromancie, toi qui aime chasser les on-dit ça serait bien de nous pondre un truc sur ce sujet =p

    • Arnaud THULY Mercredi 27 avril 2011 à 16 h 21 min - Reply

      ca marche ;-) surtout qu’il y a beaucoup de choses à dire à ce sujet

  6. Praetor Peregrinus Vendredi 29 avril 2011 à 16 h 29 min - Reply

    Article judicieux.

    Deux petites erreurs cependant :
    Divinare / divinatio sont des mots latins, et non grecs.

    Et le titre de l’ouvrage de Cicéron est : « De divinatione »

    « divinationem, quam Graeci μαντικήν (sc. mantikèn) appellant »
    Livre Premier, I, 1.

    « Mais ce qui mérite d’être remarqué, c’est que parmi les anciens ceux qui ont fait les mots n’ont point regardé le délire (μανία, mania) comme honteux et déshonorant. En effet, ils ne l’auraient point confondu sous une même dénomination avec le plus beau des arts, celui de prévoir l’avenir, qui dans l’origine fut appelé μανική (manikê). C’est parce qu’ils regardaient le délire comme quelque chose de beau et de grand, du moins lorsqu’il est envoyé des dieux, qu’ils en donnèrent le nom à cet art ; et nos contemporains, par défaut de goût, introduisant un τ dans ce mot, l’ont changé mal à propos en celui de μαντική (mantikê). »
    Platon, Phèdre, 244c

    http://www.brill.nl/mantike

    ;)
    Amitiés

    • Arnaud THULY Dimanche 1 mai 2011 à 19 h 39 min - Reply

      Exact, merci pour ces erreurs d’écriture que je n’avais pas relevé, je corrige :-)

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