Auteurs, Editeurs, Libraires & Culture : La crise du livre?

Arnaud THULY septembre 1, 2014 6
Auteurs, Editeurs, Libraires & Culture : La crise du livre?

Je lis depuis des années des discours alarmistes sur internet et dans des magazines spécialisés au sujet de la perte de vitesse du livre en parallèle du développement exponentiel des autres médias, au sujet de la fermeture d’une multitude de librairies existant parfois depuis des décennies, au sujet de l’exaspération croissante des éditeurs et des librairies face au méchant géant Amazon, au sujet de cette population de feignasse qui ne lit plus et préfère passer sa vie devant la télé à manger des chips (ouiiiiii toi lecteur qui lis cet article, d’après ces grands penseurs tu n’es toi aussi qu’une feignasse analphabète… mais étrangement tu es pourtant en train de me lire… quid de la logique ? ^_^ (c’est du second degré hun! je préfère préciser) ), au sujet de cet état qui n’enseigne plus le plaisir de lire aux nouvelles générations…
Les médias et tout ce monde du livre tapent à boulets rouges sur tout ce qui leur passe sur la main pour justifier des problèmes qu’ils traversent. Ordinateur? Coupable! Dématérialisation? Coupable! Jeux vidéos? Coupables! Vous ne dépensez pas assez d’argent? Coupables! Sites de vente en ligne? Coupables! Éducation Nationale? Coupable! TVA? Coupable! Invasion de criquets en somalie? Coupable!  Amazon? COUPABLE COUPABLE COUPABLE!

Mais aussi surprenant que cela puisse paraître…. je ne vois jamais d’auto remise en question, d’article sur « peut-être qu’on s’est raté quelque part si ça ne marche plus? », qui devrait pourtant être la base, non?
Noooon, pensez-vous, voilà un exercice qui obligerait toute l’industrie du livre à lever le nez pour voir les vrais problèmes… (finalement, l’édition c’est pas si éloigné de la politique…)
Hier encore, je lisais un article plein de bons sentiments sur la prétendue perte de valeur des ouvrages. Un article écrit par un éditeur, attristé d’avoir l’impression que le livre n’a plus la moindre valeur auprès d’un public adepte de la consommation outrancière de contenus dématérialisés. Cet éditeur en venait à avouer ses doutes au sujet de l’avenir de l’édition, comme quoi cela ne serait plus payant, qu’à bien y réfléchir il aurait préféré faire de l’informatique finalement car voilà un métier qui marche facilement (mes amis qui travaillent dans le milieu informatique et qui galèrent, je pense à vous!)
Mais dans le fond, je comprends de quoi il parle et je suis sincèrement triste de la situation actuelle et de voir des gens baisser les bras face à ce qui se passe. J’en aurais presque la larme à l’œil et je pleurerais bien avec lui………… Excepté que c’est un avis que je ne partage absolument pas.

Ok, le sujet du jour n’est pas directement en rapport avec l’ésotérisme ou la magie, mais face à cet aveuglement généralisé sur un domaine qui nous touche directement (l’ésotérisme moderne étant lié de plein fouet à la culture littéraire), je me suis dit qu’il serait bon de pousser un p’tit coup de gueule comme je les aime tant histoire d’apporter un autre son de cloche au public qui, noyé sous la masse de critiques à l’égard d’épouvantails dignes des moulins de Don Quichotte, finit par y croire sans avoir tous les éléments.
Et pour ceux qui, tombant par hasard sur ce blog et ne me connaissant pas (les chanceux!), penseraient que je donne mon avis sans rien y connaître, je leur rappellerai simplement que j’ai été libraire pendant 10 ans, que je suis éditeur, que je suis auteur, que l’un de mes meilleurs amis avec qui je bosse régulièrement est l’un des plus gros diffuseurs français de livres, que je forme aujourd’hui les librairies ésotériques pour qu’elles sortent de leur marasme et les libraires des grands groupes tels que les FNAC, LECLERC etc (pour le compte de l’INFL (Institut National de  Formation de la Librairie)) afin de les aider à développer leur secteur (rayon éso, évidemment). Donc je pense pouvoir parler en connaissance de cause.
Et vous savez ce qui est le plus drôle? Ces librairies qui se cassaient la figure à chercher des coupables et qui sont passées entre mes mains pendant 2 jours à peine ont vu leur chiffre d’affaire augmenter de nouveau progressivement, ce qui n’était pas arrivé depuis des années ! Dingue!
Autre nouvelle amusante: certains des grands groupes augmentent également le chiffre d’affaire de leurs rayons livres de manière très significative d’une année sur l’autre (avec ou sans mon aide pour le coup)! Dingue Dingue!
Des librairies qui s’en sortent alors qu’on a pas encore tué le méchant Amazon? Mais comment est-ce donc possible?

Laissez de côté vos boucliers et vos torches pour brûler l’hérétique que je suis (vous les reprendrez au moment de la conclusion) et passons donc en revue les critiques les plus courantes dans un premier temps, et voyons ensemble ce qu’il en est vraiment:

Argument 1 : Le photocopillage a tué le livre!!!
L’une des critiques les plus communes concerne le photocopillage, comprenez les pdf scannés illégalement et  trouvés sur internet. A entendre les éditeurs, plus aucun livre ne se vend puisqu’ils sont tous disponibles gratuitement sur des sites de partage peu légaux, un peu à la manière dont les maisons de production de films crient après le streaming, et à la manière dont les maisons de production de disques crient après les sites d’écoute libre et contre le téléchargement illégal.
Je dois bien avouer que ce n’est pas cool et ce n’est jamais très plaisant. Régulièrement un de nos bouquins est disponible sur des sites de téléchargement illégaux avant même qu’il soit en librairie! Les merveilles du piratage et le manque de sécurité du côté des imprimeurs sont en cause ^_^. A nous de faire plus attention. (Bon je me console en me disant que sur les quelques sites où je les vois, plus de 3 liens sur 4 sont des virus, ce qui doit rapidement inciter le lecteur à repasser à un mode plus fiable de lecture :-p ).
Plus sérieusement, cette critique très à la mode a tendance à me faire m’interroger sur un point majeur. Certes ces industries crient beaucoup… mais on oublie quand même un p’tit peu de rappeler que la plupart de ces entreprises, qui traversent une crise de « dévalorisation apparente » de leur « marchandise » (oui oui, moi aussi je pensais qu’on parlait de culture), n’ont pas l’air de subir les choses de la même façon… Savez-vous par exemple que malgré ces cris alarmistes, jamais l’industrie du disque ne s’est portée aussi bien? Que jamais l’industrie du cinéma n’a fait autant d’argent? Certes, plus uniquement par les sorties cinéma ou par les ventes de disques qui ont effectivement diminuer, mais accuser le streaming d’être responsable de cette baisse, c’est peut-être un peu exagéré non? Que ces gens très intelligents se rassurent, si les films n’attirent plus les spectateurs dans les cinémas, ce n’est pas parce qu’ils les regardent en streaming sur internet. Pour preuve, les chiffres bien maigres des visionnages de ces mêmes films sur les principaux sites de streaming. Peut-être la raison est-elle ailleurs non?
Et quand bien même ce serait le cas, quand bien même les spectateurs iraient voir des films en streaming au lieu d’aller au cinéma… le vrai coupable serait-il le streaming tout seul dans son coin…. ou l’augmentation du prix d’une place de près de 100% en l’espace d’une quinzaine d’années alors même que le revenu disponible consacré aux loisirs était réduit de moitié aurait-il aussi un rôle? Noooon évidemment, c’est la faute du streaming!
Quant à la musique, dont on sait qu’elle est énormément piratée sur internet, certes le nombre d’album vendus a diminué, mais les chiffres globaux des rentrées financières sont beaucoup plus importants que par le passé, le partage illégal ayant permis d’attirer un public qui n’aurait sinon pas été vers les artistes. Sans compter qu’on sait aussi par des études que ceux qui piratent le plus sont aussi ceux qui achètent le plus de dvd, de disques, de goodies et de places de concert. Perdre un euro pour en gagner deux, peut-être n’est-ce pas si mal non? Et pendant qu’on a l’impression d’entendre rugir le dernier rugissement du lion en train d’agoniser, celui-ci se sert gentiment une escalope de gazelle sauce caviar.
Quant à ceux qui disent que les petits artistes ou les petits films ont du mal, je leur rappellerai qu’il y a 30 ans, c’était déjà comme ça, alors qu’internet à l’époque….. Ce sont toujours les mêmes qui se sont partagés le gâteau, se plaignant toujours qu’il ne soit pas assez gros. Accuser internet et les nouveaux modes de diffusion n’est qu’un leurre.
Bref, revenons-en au livre. Donc, disions-nous, toutes les autres industries de la culture continuent à se faire un blé pas possible, mais le monde du livre, non.
Soyons clair, c’est une réelle observation et pas une remarque satyrique. Même les gros acteurs du milieu du livre ont perdu en chiffre d’affaire (plus ou moins… là encore ils ne sont pas tous égaux) et ne sont pas souvent parvenus, contrairement aux entreprises de films ou de disques, à retomber sur leur pattes et à compenser leurs pertes ailleurs (voire à augmenter leurs bénéfices).

La vraie question que devraient se poser tous ces grands penseurs, c’est POURQUOI? Pourquoi les autres s’en sortent et pourquoi notre milieu est-il différent alors qu’il est finalement confronté au même genre de problèmes? Étrange phénomène que voilà… nous y reviendrons…

Argument 2 : Les jeunes n’aiment plus lire, ça a tué le livre!!!
C’est vrai que les jeunes n’aiment pas lire. Personnellement, je n’aime pas ça. (Bon je suis moyennement jeune, mais quand même quoi…) Rien ne vous choque? Je n’aime pas lire et j’écris des livres! Et pour écrire, je lis des livres…bon sang, qu’est-ce que je peux lire comme livres! Plus de 2000 livres éso dans ma bibliothèque! J’en ai lu à peu près les 2/3, et pourtant arg! vraiment je n’aime pas ça.
Mais je lis. Et tous les gens autour de moi qui n’aiment pas lire, lisent quand même (bon certes ils ne lisent pas autant), et régulièrement me conseillent des livres et vice-versa.
Pire, regardez, vous êtes en train de lire là non? Et pourtant qui sait que ce que j’écris est long et incroyablement barbant! Et pourtant vous lisez.
Et vous lisez aussi d’autres articles, vous lisez même les articles qui disent que vous n’aimez plus lire! Ça ne vous concerne vraisemblablement pas, pas plus que votre voisin, pas plus qu’un autre, mais en pointant du doigt la généralité au travers de phrases toutes faites qui se destinent en réalité à une toute petite frange de la population qui n’a jamais lu (ni dans les précédentes générations ni dans celles à venir) cela permet de trouver un coupable tout fait… bien qu’imaginaire.
Faire d’un moulin à vent un géant, voilà bien une histoire intéressante… Faudrait écrire un roman tiens! Hun? Ha, on me dit dans l’oreillette que c’est déjà fait…

Argument 3 : Les contenus gratuits sur internet et la dématérialisation,  ça a tué le livre!!!
livreHaaaa internet, cette fantastique invention où tout le monde peut partager et dire tout ce qu’il veut.
On y trouve de tout, du document d’une rare pertinence qui aurait autrefois fini au fond d’un magazine inconnu…. et des âneries dont on préfèrerait que l’auteur ait continué à publier dans des magazines inconnus…

Les contenus gratuits sur internet? Oui, ils satisfont celui qui recherche une ou deux informations vite fait en passant, mais celui qui a envie d’en savoir vraiment plus et de creuser ne se satisfait jamais de ces contenus gratuits, il va se trouver des livres pour étayer ses connaissances, que ce soit dans une bibliothèque ou dans une librairie! Quant à ceux qui se contentent du contenu gratuit, soyons réalistes! Ils l’ont toujours fait! Ils se contentaient d’un reportage télé, d’une émission de radio, d’un article paru dans un magazine. Rien n’a évolué de ce côté. Ceux qui hier ne dépensaient pas d’argent pour la culture n’en dépensent pas davantage aujourd’hui. Evolution zéro! Joli mythe que celui du « haaaa de mon temps tout le monde lisait et achetait des livres ». Non.
Quant à la dématérialisation… certains en parlent beaucoup comme étant la fin du livre papier. Mais pour être sincère, je n’y crois pas un seul instant. La dématérialisation prendra de l’ampleur, c’est une évidence! Pensez-donc! vous pouvez, avec le dernier kindle, vous balader avec plus d’un millier de livre dans votre sac à main. Pratique pour partir en voyage ou en vacances sans avoir besoin de prendre un bagage supplémentaire en soute.
Pour autant abandonneriez-vous vos bons vieux livres et votre jolie bibliothèque? J’en doute.
Et même si c’est le cas, bon sang, un livre dématérialisé sur des supports comme kindle, ça se paye! A la limite que les imprimeurs, diffuseurs et libraires râlent, je veux bien, mais que même les éditeurs le fassent… sans rire quoi! Amazon prend 30% de la valeur finale, ça veut dire que l’éditeur peut diminuer quasi de moitié le prix d’un livre sans perdre un centime en vente net! A la limite l’auteur peut aussi râler, vu qu’il est payé sur le prix de vente. Bon, pour contenter tout le monde on va dire que c’est une critique semi-véridique. Mais là encore, doit-on blâmer l’évolution numérique pour notre propre incapacité à nous y adapter ?
Doit-on rester en marge et attendre que cela se fasse, pour le meilleur ou pour le pire?
A chacun de prendre les devants et de s’adapter à l’évolution du monde, de transformer le métier de l’édition afin de s’adapter. C’est ce qu’a fait l’industrie de la musique. C’est ce qu’a fait l’industrie du cinéma…. ho tiens?

Argument 4 : AMAZOOOOOOOOOOOOOOON!!!!!
Haaaa, Amazon. Il ne se passe pas une journée sans que je ne vois un article ou un partage sur FB qui accuse cette compagnie de tous les maux de la terre, et plus spécifiquement des problèmes rencontrés par l’industrie du livre.
Amazon fait des frais de port gratuit? Ca ruine les petits commerces alors hop on légifère. Mais bizarrement, les premières analyses après application de cette loi ne semblent pas inverser la tendance! Diantre, les gens commanderaient-ils chez Amazon pour une autre raison que les frais de port?
Amazon, c’est l’ennemi à abattre, le coupable parfait, la riche entreprise que l’on accuse de tous les maux et qui permet de pleurer en jouant les victimes! C’est simple, depuis qu’il existe, l’industrie du livre se casse la figure alors qu’avant c’était le pérou, tous les acteurs du livre roulaient en porsche, c’était caviar et champagne à tous les repas etc…
Heu… ha non en fait. Amazon a ouvert son site en 1995, soit il y a 19 ans. Mais étrangement, le problème de l’édition et de l’industrie du livre existe depuis bien plus longtemps que ça! Je suis retombé il y a quelques mois dans un article des années 80 qui se plaignait déjà de la baisse des ventes de livres et des petites maisons d’éditions qui se plaignaient de ne pas avoir assez de visibilité! Mon Dieu, cela signifierait-il que le problème était là avant Amazon et même avant internet? (oui parce que là on était encore au minitel…)
On nous aurait menti??

Bien sûr, certains tenteront de vous dire qu’en réalité  ce n’est pas juste un responsable, mais un mélange de toutes ces raisons qui font que le monde du livre se casse la figure…
Mais là encore, il n’en est rien et il s’agit d’un faux constat qui n’existe que parce que tous les acteurs modernes du livre ont pris la fâcheuse tendance à un peu trop se regarder le nombril sans jamais se remettre en question. On dit souvent que le PS a ses éléphants? Et bien croyez bien que le monde de l’édition a ses dinosaures, et les rouages du système auraient bien besoin d’être huilés!

Attention, l’incroyable vérité va être révélée!!!! Le véritable COUPABLE de TOUS les problèmes rencontrés par l’édition est ……………………………………………………………
……………………………………………………………..
……………………………………………………………..
……………………………………………………………..
……………………………………………………………..
(quel suspens)………………………………………….
……………………………………………………………..
……………………………………………………………..
……………………………………………………………..
……………………………………………………………..
……………………………………………………………..
……………………………………………………………..
*pointe le coupable dans l’assemblée à la manière de Perry Mason*
LE MONDE DE L’EDITION LUI-MÊME!!!!

Quelle révélation mes amis!

Pourquoi je dis ça? Et bien c’est simple.
Savez-vous comment fonctionne la vente du livre que vous achetez?
Non? laissez-moi vous raconter la face obscure de l’édition à laquelle chaque acteur du livre se raccroche en trouvant ça très bien comme ça.

Un auteur écrit un manuscrit. Convaincu qu’il est bon, il l’envoie à un éditeur. Celui-ci, le lisant rapidement, fait signer un contrat et donne une avance sur droits à l’auteur. Cette somme varie selon la célébrité de l’auteur et le thème de son livre. Inutile de dire que la prime d’une Amélie Nothomb n’est pas celle d’un Arnaud Thuly. Cette prime sera conservée par l’auteur quelle que soit les quantités de ventes du livre par la suite. Autant dire que l’éditeur doit faire attention à la somme qu’il donne, notamment pour un inconnu. L’auteur gagnera ensuite un %age par livre vendu (duquel sera déduit le montant de la prime d’origine).
Bon, jusque là rien de bien compliqué.
Donc, l’éditeur s’occupe de réaliser la mise en page, de payer un correcteur etc. Tout cela coute évidemment de l’argent.
Puis, il envoie le livre à un imprimeur qui lui retourne le livre imprimé dans un joli format. Classe! En moyenne on estime que le prix final du livre est fixé sur le coût d’impression qui doit représenter environ 10% du prix final du livre. Un livre vendu 20 euros en librairie a généralement couté 2 euros à imprimer.
Ok?
Ensuite, l’éditeur envoie les livres à un diffuseur, qui sera chargé de diffuser les ouvrages dans les librairies. Ce diffuseur prélève entre 55 et 60% du prix final du livre HT. Un livre à 20 euros (soit 19 euros HT) prix public sera payé à l’éditeur aux alentours des 8,5 euros.
Le diffuseur offre ensuite au libraire une remise de 30 à 35% sur le prix final du livre. Le libraire paye donc son livre dans les 14 euros.Et vous en bout de course, vous payez votre livre 20 euros. (avant que certains se disent « ouaaaaais c’est abusé le prix du livre nianianiaaaaa », je leur rappelle quand même que tous ces intermédiaires ont d’énormes frais, et que sur les quelques euros de « marge » que chacun réalise, une fois tous les frais payés, il ne reste généralement qu’un tout petit pourcentage!)

Bon, jusque-là tout paraît bien. Maintenant regardez le problème attention ça va être subtil.

L’éditeur envoie ses livres immédiatement au diffuseur, mais le diffuseur ne paye les ventes pour le livre que 3 mois après.
Donc pendant 3 mois, l’éditeur ne touche rien sur les ventes du livre.
A l’inverse, le libraire, lui, paye souvent le diffuseur en fin de mois.
Mais, car il y a un mais, en échange de ce temps de paiement assez court qui permet au diffuseur de capitaliser, le libraire a un droit: Pendant 1 an après achat, il peut retourner un livre si celui-ci ne se vend pas.
Comprenez, si celui-ci ne se vend pas ou si celui-ci est abîmé par les gens qui le feuillettent en librairie.
Alors, si un livre ne se vend pas terrible, le libraire renvoie le livre au diffuseur, qui le réexpédie à l’éditeur en effectuant une déduction sur les montants à venir. Que le livre ne soit plus vendable car abîmé après tous ces trajets, personne ne s’en importe et c’est une perte sèche pour l’éditeur.
Prenons une situation courante: 100 livres sont vendus par le diffuseur le premier mois et encore 100 le mois d’après et ne vend rien le troisième mois.
Arrivé à la fin du 3ème mois, le diffuseur paye l’éditeur pour les 100 vendus le premier mois.
Et là, le 4ème mois, les libraires ne veulent plus du livre et en renvoient 150. Car oui, le fait de vendre à un libraire n’implique pas que le livre se vend auprès du public! 150 reviennent donc, mais le diffuseur ne demande pas à l’éditeur de rembourser la somme déjà versée!
Non, le mois d’après il va même lui payer les 100 vendus le 2ème mois puisqu’une facture a déjà été éditée, il ne lui paiera rien le mois suivant (puisqu’il n’y a pas eu de vente le 3ème mois).
Arrivé encore au mois d’après (donc le 7ème mois depuis le départ) il va lui faire une facture négative, c’est à dire qu’il lui fait une sorte de crédit, une ardoise pour tous ces retours, que l’éditeur devra compenser avec les ventes à venir.
Pas rembourser! Compenser!
Sauf que s’il y a beaucoup de retours alors c’est qu’il y a peu de chances que le livre se vende et qu’il vienne compenser les pertes (puisque par effet logique, s’il revient c’est qu’il ne se vend pas, les libraires n’en veulent donc plus).
Comme l’éditeur ne peut pas laisser une ardoise, se produit alors un phénomène terrible de l’édition: il doit publier un nouveau livre en espérant que ses recettes viendront combler les manques du premier.
Et si les recettes du second ne suffisent pas (ou génèrent de nouveau une dette), il devra en publier un troisième afin de compenser son ardoise etc etc etc.
Quand on sait que seulement 5à 10% des ouvrages sont véritablement rentables dans un tel système, on comprend mieux le problème de fond…

Quelle magnifique système n’est-ce pas?

Vous vous demandez alors surement « ok, c’est quoi le rapport? ».
Et bien le rapport est très simple.
Vous avez remarqué que la quantité de livre a explosé alors que dans le même temps le niveau des ouvrages a considérablement diminué depuis une vingtaine d’années?
Le statut « d’auteur » ne veut plus dire grand chose à une époque où tout le monde publie (regardez, même moi je publie! c’est dire à quel point ça devient n’importe quoi!!! :-D :-D ).
Les styles n’ont plus grand chose d’extraordinaire, les scénarios et les contenus sont souvent similaires, bref, bien qu’il y ait l’air d’y avoir énormément de nouveautés, il y a bien peu de créativité réelle dans les livres vendus en librairie. Et bien la raison vient en partie de là.
Aujourd’hui, la plupart des maisons d’éditions publient à tour de bras, sans forcément prêter autant d’attention qu’avant à ce qu’ils publient.
Parfois ils font des bons choix, mais souvent ils publient des navets. Et cela dans le seul but d’éponger une ardoise qu’elles tendent souvent à allonger quand elles sortent de mauvais livres. Et plus elles sortent de livres, plus il y a de retours, et plus il y a de retours, plus elles sortent de livres. Et comme les paiements sont à 3 mois, il est impossible d’attendre patiemment avant de publier de nouveau,  sous peine de ne plus avoir de rentrées financières pendant un moment! Alors on publie, toujours, toujours plus!
Cet engrenage est profondément destructeur car il donne l’impression d’une machinerie très riche en constante production, alors qu’elle n’est qu’un cache misère qui sert à masquer l’obligation pour les éditeurs de publier sans relâche avec l’espoir de trouver un livre qui marchera bien et les sortira des ennuis.
Sauf que cette machinera a une autre limite! Celle du portefeuille du client! Car au final, si j’ai 10 euros pour acheter un livre, que j’ai un choix de 50 ou de 200 livres, je n’ai toujours que 10 euros à dépenser! Et ce n’est pas parce que le lecteur a plus de choix qu’il va acheter davantage! Au contraire même! Face à plus de choix… il attend de l’aide pour choisir.

Bon on a expliqué le problème des éditeurs, mais vous vous demandez peut-être où est le rapport avec les librairies qui ferment?
Savez-vous combien il y a de nouveautés en livres qui sortent chaque année? Des milliers! Des dizaines de milliers! C’en est affolant! Un libraire voit, chaque mois, arriver chez lui un catalogue de nouveautés long comme le bras. Rien qu’en éso, où on imaginerait qu’il y en a peu, ce sont plusieurs centaines de nouveaux titres chaque mois!
Comment font les libraires pour faire tenir tout ça dans 20m2? Ils ne peuvent pas.
Comment font-ils pour avoir les fonds suffisants pour tout acheter? Ils ne peuvent pas.
Comment font-ils leurs choix parmi les nouveautés? L’idéal serait de les lire! Mais ils ne peuvent pas.
Alors, ils prennent bien souvent les auteurs connus (erreur de la FNAC), ou les livres mis en avant par la publicité ou les magazines, ou suivent les conseils des diffuseurs. Et sélectionnent une poignée de livres chaque mois à mettre dans leur librairie. Et en contrepartie, comme il faut trouver de la place, ils dégagent les livres qui ne se vendent pas et les renvoient au diffuseur qui les renvoie à l’éditeur, celui-là même qui ensuite publie autre chose pour venir remplacer ce qu’il a lui-même précédemment publié…

Le lecteur, qui cherche alors un livre dont il a entendu parler et dont il sait qu’il va sortir ce mois-ci, va voir son libraire avec l’espoir de le trouver chez lui. Manque de chance, il ne l’a pas. Bon. Il va voir son autre libraire, et lui non plus ne l’a pas. Booon….
Il voit pour le commander? C’est possible, mais ça va prendre un moment, car le libraire ne peut pas commander chez son diffuseur pour un seul livre, sans quoi il paye plus de frais de port que ce qu’il gagnera en le vendant. Alors il faut attendre. Une semaine ou 15 jours bien souvent, à moins d’aller dans une Fnac par exemple (où bien souvent on vous dit que le livre n’est pas connu de leurs services ^_^).

Ha oui, parce qu’en plus s’il s’agit du livre d’un petit éditeur, vous avez de fortes chances de ne jamais le trouver car il n’aura peut-être même pas de diffuseur car les diffuseurs veulent de moins en moins s’embêter avec les petits éditeurs! En clair, si vous n’avez pas déjà un catalogue conséquent et que vous ne vendez pas déjà un peu, vous n’intéressez pas les diffuseurs qui ont une vraie clientèle. Vous devrez soit trouver un petit diffuseur inconnu, soit vous débrouiller tout seul. Et qui dit pas de diffuseur dit bien souvent pas de librairie, car ces dernières ne veulent plus s’embêter avec des électrons libres qui nécessitent de tenir des comptes propres à chaque éditeur à côté.
Il faut que ce soit simple, que ça aille vite! On a des logiciels avec accès direct aux catalogues des gros diffuseurs, et quand on commande on fait une razzia chez eux de tout ce qu’il nous faut.
Mais évidemment, cela ne marche pas, et dès qu’il s’agit d’ouvrages moins connus et moins bien diffusés, c’est une catastrophe (et là on en revient aux petits éditeurs qui galèrent).
Alors, le libraire conseille au client d’acheter un livre parmi ce qui est proposé. Sauf qu’un livre est unique, et que 2 livres abordant le même thème ne seront pas les mêmes livres! Une patate peut en valoir une autre (et encore), mais un livre en vaut très rarement un autre. Alors bien souvent, il reste sur sa faim car le libraire ne peut plus choisir correctement ni faire découvrir de nouveaux talents, ni conseiller au mieux.
Et pour cause, on ne saurait les en blâmer! Allez donc lire les centaines de nouveautés mensuelles juste une fois, pour voir! Impossible.
A force ils abandonnent et ne font même plus l’effort d’essayer de lire les livres pour les sélectionner. D’Acteurs de la Culture, ils deviennent des marchands de livres, comme on vendrait des légumes dans un supermarché.

Alors le lecteur, mal conseillé, ne trouvant pas ce qu’il cherche, abandonne la librairie traditionnelle et va sur internet, sur les grosses plateformes qui proposent TOUT ce qui existe, tous les livres. Il y trouve des conseils, ceux d’autres lecteurs, plus ou moins pertinents certes, mais au moins ils existent.
Et puis il trouve le livre qu’il lui fallait, celui qu’il était venu chercher, car Amazon, par son système, peut proposer même les ouvrages des petits éditeurs pas connus du tout. Alors ces petits éditeurs finissent par ne même plus démarcher les librairies traditionnelles et vont directement sur Amazon. Comme les auteurs, qui de plus en plus délaissent les maisons d’édition traditionnelles et vont publier sur kindle, où ils peuvent gagner non pas 10% mais jusqu’à 70% du prix final. Puisqu’être publié de manière classique n’apporte plus de sécurité sur des ventes, et quit à vendre peu de livres, autant que cela revienne directement à l’auteur!
Et peu à peu, Amazon gagne d’énorme parts de marché et les librairies de quartier abandonnent et écrivent des articles pour se plaindre du fait que les gens ne lisent plus, que tout est la faute d’Amazon, des livres dématérialisés, des extraterrestres et que sais-je d’autre.
Mais la véritable réponse n’est pas là… tout cela n’est que le symptôme et pas l’origine du problème.

Conclusion:

Certes, Amazon est une pieuvre tentaculaire et a de nombreux défauts. Par son statut de superpuissance, elle a tué beaucoup de libraires outre atlantique en pratiquant une concurrence déloyale et en vendant à perte des livres, et c’est honteux, mais c’est aussi le modèle du marché américain qui veut ça. Alors tous les acteurs de l’industrie du livre pointent cela du doigt… mais en France, les lois protègent contre cela justement et le prix du livre est fixe (seuls 5% de remise sont applicables) donc cet argumentaire est fallacieux (d’autant que le plus drôle, c’est que cette loi, nommée loi Lang, date de 1981, 14 ans avant la naissance d’Amazon, et a été mise en place pour essayer d’empêcher les pertes des petites librairies face aux géants de l’édition et de la vente de l’époque! Quand je vous dis que cela ne date pas d’hier!)

Pour autant, Amazon est une entreprise qui a de nombreux travers qu’il faut dénoncer: exploitation de son personnel, blanchiment d’argent, évasion fiscale etc. Et toutes ces raisons sont des bonnes motivations pour arrêter de commander sur Amazon et privilégier les librairies de quartier. Clairement!
Mais soyons lucides, accuser Amazon des problèmes de la librairie est un non sens et un discours tout aussi malsain que les pratiques sus-citées d’Amazon. Si l’industrie du livre veut espérer se sortir du gouffre, elle doit s’attaquer aux vrais problèmes qui sont les siens et dont elle est directement responsable, soit parce qu’elle en est à l’origine, soit parce qu’elle accepte la situation sans la remettre en question. Si tant de gens délaissent le livre, c’est aussi parce que le livre tend à perdre son aspect Culturel et l’enrichissement intellectuel qu’il pouvait apporter.
La quantité de publications annuelles tue la librairie comme elle tue le livre, parce que tout se publie, du livre de génie au livre écrit avec les pieds, et tout est mis à la même enseigne auprès du public qui devient incapable de faire un choix pertinent, faute de trouver un interlocuteur encore capable de le guider dans les méandres de ce fatras. Mais le lecteur, lui, sait encore la valeur d’un livre de qualité, alors qu’en réalité, l’industrie du livre l’a bien souvent oublié.
Bien sûr, je généralise, certains font des vrais efforts de publication, mais ils souffrent bien souvent des mêmes travers ou des mêmes conséquences que ceux évoqués précédemment.

Acteurs du monde du livre, ne blâmez pas internet, ne blâmez pas Amazon, ne blâmez pas le lecteur! Il existe des solutions qui fonctionnent! Cessez de chercher des excuses! Sortir de ce cycle destructeur et repartir vers un cycle vertueux est possible, cela demande juste de se donner les moyens de faire changer les choses et d’arrêter de pointer le voisin en disant « si j’y arrive pas, c’est à cause de lui! ». Le jour où vous l’accepterez, alors vous serez capable de regarder les choses dans le bon sens et de chercher des vraies solutions pour faire vivre votre métier et sortir de la crise. C’est ce que j’enseigne à des librairies et à des libraires. Et croyez-le ou pas mais les résultats sont là!

Tant que l’on continuera à pointer du doigt des coupables imaginaires au lieu de s’interroger sur nos propres erreurs, rien ne changera.

Pour terminer, je me permettrai une petite remarque. Jusqu’au milieu du 19ème siècle, il était impensable de gagner de l’argent avec un livre, seuls les dons d’un mécène permettaient de publier et de vivre en continuant à écrire. Personne alors ne le faisait avec l’espoir de « gagner de l’argent ». La plupart des auteurs étaient alors des gens pauvres et le faisaient cela par passion. C’est souvent après leur mort qu’est venue la notoriété.
De nos jours, la plupart des gens publient par espoir de devenir une nouvelle Amélie Nothomb, une nouvelle JK Rowling, un nouveau Stephen King ou un nouveau Papus (pour être plus dans notre domaine), attirés par les lumières prétendues de l’édition. Mais le livre n’est pas et ne sera jamais un bien de consommation classique, ce n’est pas un produit manufacturé comme les autres! J’admire en ce qui me concerne ceux qui se démènent sur internet pour offrir gratuitement des contenus, qu’il s’agisse de livres anciens ou de contenus novateurs. Cessons de leur jeter la pierre comme c’est si souvent fait!
Le livre est un pilier de la culture et il devrait être considéré comme tel. Comment se plaindre de voir le livre perdre de sa valeur si on n’écrit plus par passion, si on ne publie plus par passion, si on ne vend plus un livre par passion, si on ne lit plus par passion…. ?
L’essence du livre est-elle morte? Je ne le crois pas, mais une bonne prise de conscience de l’ensemble de l’industrie du livre est indubitablement nécessaire…

ps: cette critique marche aussi pour les boutiques ésotériques.

ps2: pardon pour la longueur de l’article… z’êtes des fous d’avoir tout lu! Et dire qu’on vous accuse de ne plus lire….!

6 commentaires »

  1. Lilly Lundi 1 septembre 2014 à 12 h 40 min - Reply

    Merci Arnaud pour ce (looong) article…. un bon coup de gueule peut s’avérer utile et si ces messieurs de l’edition (entre autre) pouvait prendre la peine de le lire cela ferais peut être tilter quelques rare d’entre eux a se remettre en question…( je suis une optimiste…)

    Pour ma part je suis une grande fanatique des livre, avoir un livre entre les mains, le manipuler, tourner les pages… un bonheur tout simple auquel je ne me lasse pas. Je ne sais pas combien de livre (tout genre confondu) j’ai dans ma bibliothèeque (sans parler de ceux qui sont encore chez mes parents…) …. La passion du livre est une histoire de famille chez nous, y compris pour mes enfants a qui j’ai réussit a donner le virus.
    Il m’arrive de consulter énormément de choses sur internet, comme tu dis lorsque c’est juste pour avoir 1 ou 2 info juste comme ca internet est très bien, mais je fini toujours par aller acheter des livres sur le sujet. J’ai la chance d’avoir 3 librairie autour de chez moi chacune ressemblant a une caverne d’ali baba a sa facon…tenue par des passionnés de livres. Si je leur demande un livre qu il n’ont pas ils n’hésite pas a le commander très rapidement. Et lorsqu’il ne peuvent avoir le livre pour x raison il n’essai pas de m’en refourguer un qui pourrais plus ou moins correspondre. Bref un vrai bonheur.

    Lorsqu’on voit le nombre de personnes qui entre dans les librairies, je ne peut croire non plus que l’essence du livre est morte ni même en voie de disparition. Certes toutes les personnes qui entrent ne ressorte pas avec un livre en main, mais le premier plaisir du livre est de suciter l’interêt, suciter l’envie de prendre un livre entre les mains, observer la couverture, feuilleter innocement les pages….ce plaisir n’existe pas avec les netbook et commpagnie. certes il y’a une utilité pratique a ces gadget mais j’ai pu voir nombre de gens utiliser ce gadget allez acheter le livre malgrés tout…

    Bref je crois que je me suis égarée en chemin donc je vais m’arrêter là. Encore merci pour cet article très pertinent

  2. Véronique Lundi 1 septembre 2014 à 12 h 47 min - Reply

    C’est très certainement une excellente analyse. Je n’achète plus que sur amazon, habitant la campagne profonde, mais j’adore aller dans les librairie éso lorsque je me déplace à Toulouse. Et là, l’Absolu, la Licorne ou encore l’Incunable (Toutes situées à quelques centaines de mètres les unes des autres) font des délices, et j’en sors avec plus d’une centaine d’euros de bouquins. Car, quand je sais ce que je veux, Amazon c’est parfait. Mais quel plaisir de glaner dans les rayons les livres, les feuilleter, les choisir, s’assoir par terre pour en lire quelques pages, et finalement l’acheter.
    Mais en France, on est champion pour dire qu’on est meilleur, sans esprit d’entreprise, sans investissement, et sans amour du travail, pour ensuite hurler contre ceux (étrangers) qui réussissent. Amazon sait faire son travail, et le fait qu’ils paient des impôts en dehors de France n’a rien à voir. Le réseau Chapitre était une excellente idée, mais avec 5 commandes passées en 4 ans : j’en ai reçu aucune. Ce n’était pas organisé, ni rapide, ni efficace. Bref, c’était nul, et les gens ont arrêté de commander, et ils ont coulé en pestant contre Amazon, qui eux, font un travail exemplaire : grand choix et rapidité, j’en demande pas plus.
    Donc, pour que les nuls survivent, la loi a contraint Amazon a être moins bon. On nivèle par le bas. Résultat, Amazon est toujours leader, car ils ont un nombre de références incroyable, et ils envoient très rapidement. C’est tout ce qu’on demande.
    Alors rien n’empêche des français d’investir, et de monter un siège à Wagadougou pour éviter les impôts. Mais même France Télécom avec Alapage n’en a jamais les cou****s.
    Car il s’agit bien de cela : investir. Et en France on aime pas. Critiquer les autres parce qu’ils gagnent trop de pognon est bien plus facile. C’est une autre lubie française ça : on aimerait bien gagner plein de pognon mais on ne supporte pas que le voisin en gagne…
    Amazon sait investir, Amazon sait travailler. En France on en est encore loin.
    Pour finir, je ne suis pas sûre qu’Amazon ait détruit de l’emploi. Combien Amazon a embauché en France ? Comment d’employés et de propriétaires de librairies ont été virés ? La balance penche surement du coté qui n’est pas politiquement correct pour les syndicats des libraires…

  3. Rhi-Peann Lundi 1 septembre 2014 à 14 h 32 min - Reply

    Bon j’avoue, j’ai seulement parcouru la conclusion :D parce que je connais un peu l’univers du livre et que j’ai déjà réfléchi à la question. Si je comprends le coup de gueule de l’éditeur que tu cites au démarrage, j’adhère également à ton point de vue (mode normande activé), à savoir la responsabilisation de chaque maillon de la chaine.
    J’ai déjà écrit un article sur le prix du livre et un autre sur le livre comme objet de consommation sur mon blog (j’en mettrai les liens en dessous) qui ne sont certes pas exhaustifs et qui sont peut-être un peu maladroits mais qui ramènent à une seule et même chose : la responsabilisation.
    Perso, j’en ai marre des gens qui se plaignent sans chercher à modifier leurs stratégies par exemple. Je ne donne pas mon argent à Amazon pour les raisons sociales et économiques que tu évoques, mais c’est la solution de facilité pour beaucoup de monde (et nombre de mes clients préfèrent donner 20 euros à Amazon pour m’offrir un livre plutôt que de me rémunérer directement, donc indirectement, j’en profite, même si c’est révélateur de je ne sais pas trop quoi sur la relation des gens à l’argent). Mais ça entre dans le cadre d’une réflexion plus globale sur à qui je donne mon argent et quel modèle économique je promeus en le dépensant. Quand je commande directement auprès d’un éditeur (Alliance magique, par exemple, ou les éditions du Chat Noir), je sais que ça va aider l’éditeur. Quand je commande chez un libraire indépendant, je sais que ça va aider le libraire indépendant. Ca relève un peu de la culture, car ils sont acteurs directs, mais ça relève surtout d’un modèle économique qui me convient mieux.

    Bref, je suis partisane de « si tu as un avis sur la question, agis en fonction de cet avis ». C’est un peu facile de se plaindre en attendant que ça se fasse tout seul.

    Bon je crois que j’ai globalement donné mon avis et que mes messages sont globalement passés… pour synthétiser :
    - Quand on donne son argent à une entreprise, on valide, on « sponsorise » son fonctionnement : moi c’est là dessus que je me mets en garde et que je me mets en responsabilité (ça touche le domaine de la culture, mais je fais pareil avec mes carottes). Il ne s’agit pas de s’auto-flageller, mais de se responsabiliser et d’être lucide sur nos choix de consommation.
    - Quand on voit un modèle qui ne nous convient pas, au lieu de se plaindre, on s’active pour proposer quelque chose qui nous convient mieux. L’énergie est dépensée de façon constructive ainsi :D Mais ça implique des efforts, pour changer ses habitudes surtout et mettre en lumière des schémas de fonctionnement qu’on ne voit plus tellement on baigne dedans.
    - Je comprends néanmoins les coups de blues des uns et des autres (le tout c’est de ne pas y rester)
    Je crois que c’est tout…
    Les deux articles sus-mentionnés :

    http://livre-monde.com/un-jambon-trois-carottes-et-deux-livres-sil-vous-plait/

    http://livre-monde.com/ca-fera-21e50-plus-la-tva/

  4. Rhi-Peann Lundi 1 septembre 2014 à 14 h 38 min - Reply

    Je me rends compte que ma première phrase est litigieuse : j’ai lu tout l’article, mais arrivée à la conclusion, j’ai juste parcouru :D voilà rectifié !

  5. Deborah Lundi 1 septembre 2014 à 17 h 25 min - Reply

    Un article très intéressant. Je ne savais pas comment les évènements se déroulaient dans les coulisses du monde du livre, de l’édition et des distributeurs. En effet, le système est à revoir (comme beaucoup de choses dans notre société, hremhrem). Par contre je trouve la partie « Les jeunes n’aiment plus lire, ça a tué le livre!!! » bien optimiste. Je connais réellement des gens qui ne lisent quasiment rien (donc jamais de livres déjà), c’est-à-dire, à la limite, un article, et ENCORE ! Je pense que la « population » a une culture générale en baisse constante, vraiment. Je dirai, première raison : on abêtit la masse, c’est plus facilement manipulable, pour faire court. Réduire la culture et le vocabulaire c’est réduire la pensée (une petite pensée à 1984 d’Orwell ^^). Deuxième chose : les gens font les moutons, enfilent des oeillères et se complaisent là-dedans. On dirait même (chez les jeunes beaucoup, d’ailleurs) que c’est trop « tendance » d’être presque inculte ! Je me souviens des années lycées où une fois on m’a même demandé en voyant un livre que j’avais « pourquoi tu lis ? moi je lis ça je comprends rien ». VRAIMENT !! Au quotidien, cela se fait rare de croiser des gens qui lisent et qui y prennent réellement du plaisir, de surcroît ! Si on prend la majorité de la population, c’est quand même pas gagné ! Bref, tout ça pour dire que y a quand même un problème là-dessus.

    • Arnaud THULY
      Arnaud THULY Lundi 1 septembre 2014 à 17 h 39 min - Reply

      Je ne pense pas faire un portrait idéalisé de la jeunesse, au contraire, je le pense réaliste. On aime à nous faire croire qu’il y a une baisse de culture G. Ok, mais par rapport à quand? A il y a 20 ans? J’en doute vu les résultats moyens de l’époque aux différents examens qui étaient certes différents, mais pas forcément plus compliqués que ceux d’aujourd’hui. Par rapport à il y a 40 ans, Certes on a perdu des connaissances dans certains sujets, il suffit d’ouvrir un livre de classe de 1960 pour s’en rendre compte, mais les étudiants d’aujourd’hui possèdent globalement un bagage incroyablement plus riche que celui e l’époque, avec une quantité de matières plus importante également. Ca les amène à savoir un peu de tout, certains diront pas grand chose de tout, mais en terme de quantité pure, je pense qu’au contraire, les élèves modernes ont plus de culture que ceux des précédentes générations.
      Maintenant il faut prendre les choses avec du recul. On connait tous des gens qui ne lisent pas. Je connais des adultes qui refusent d’ouvrir un livre, comme il y a des jeunes qui ne lisent plus. Au final il y a de tout, ce qui compte ce n’est pas chacun pris à part, mais dans la globalité. Si on prend 100 personnes il y a 20 ans et 100 personnes aujourd’hui, les chiffres de lecture (pas forcément de livres) sont probablement sensiblement les mêmes.
      Comme dit dans l’article, il y a toujours eu une partie de la population qui ne lisait pas, et il y en aura toujours une. C’est un phénomène normal. Maintenant y a-t-il moins de lecteurs potentiels? J’en doute. Mais une vraie étude d’envergure sur le sujet serait intéressante, elle nous amènerai certainement à revoir beaucoup de nos positions et de nos certitudes sur l’évolution de l’éducation en france :-)
      Mais c’est un autre débat ^_^

Leave A Response »